Elle a 32 ans, elle se réveille depuis des mois avec les tempes serrées et la mâchoire fatiguée, comme si elle avait mâché toute la nuit. Son dentiste a remarqué une usure anormale des dents. De son côté, elle a accumulé les explications contradictoires : « c’est le stress », « c’est votre mâchoire qui est déplacée », « il faut tout réaligner », « portez une gouttière et ça passera ». Résultat : une gouttière au fond d’un tiroir, des douleurs toujours là, et cette impression familière de tourner en rond que je décris souvent chez les patients en errance thérapeutique.
Ce qui manque dans ce parcours, ce n’est pas un praticien de plus. C’est un plan cohérent, où chacun fait son travail et tient le même discours. C’est exactement ce que permet le binôme chirurgien-dentiste et ostéopathe.
L’essentiel en 30 secondes
- Le bruxisme (serrer ou grincer des dents) est un comportement, pas une maladie ni une « mâchoire déplacée » ;
- il est multifactoriel : stress, sommeil, habitudes, parfois caféine, tabac ou médicaments ;
- le chirurgien-dentiste protège les dents, évalue l’occlusion et dépiste ce qui relève de lui ;
- l’ostéopathe travaille sur les douleurs et tensions musculaires, la nuque, et vous rend autonome avec des exercices ;
- personne ne peut promettre d’« arrêter » le grincement nocturne, et ceux qui le promettent doivent vous mettre la puce à l’oreille ;
- la bonne prise en charge est souvent à deux, avec un discours commun.
Le bruxisme n’est pas une « mâchoire déplacée »
Commençons par tordre le cou au récit le plus répandu. Le consensus international qui fait référence depuis 2018 définit le bruxisme comme une activité répétitive des muscles masticateurs : serrage plutôt en journée, grincement plutôt la nuit, souvent un mélange des deux. Chez une personne en bonne santé, ce n’est pas une maladie en soi. C’est un comportement, largement régulé par le système nerveux central, et influencé par le stress, la qualité du sommeil et les habitudes de vie.
Pourquoi j’insiste ? Parce que le récit mécanique (« votre mâchoire est décalée, je vais la remettre en place ») fait des dégâts. Il est faux, il inquiète, et il installe l’idée que vous êtes structurellement défectueux et qu’il faut vous « recaler » régulièrement. J’ai déjà écrit ce que je pense de ce type de discours dans mon guide pour choisir un bon ostéopathe : le pire n’est pas la mauvaise technique, c’est le mauvais récit.
Ce qui existe vraiment, c’est un système qui travaille trop : des muscles masticateurs sursollicités, une articulation parfois irritée, des cervicales qui participent au tableau, et un terrain (sommeil, charge mentale, habitudes) qui entretient le tout. Bonne nouvelle : chacun de ces éléments peut être pris en charge, à condition de frapper aux bonnes portes.
Ce que regarde le chirurgien-dentiste, et pourquoi c’est central
Le versant dentaire n’est pas une option. Le chirurgien-dentiste, en particulier lorsqu’il est formé à l’occlusion, évalue l’usure et la sensibilité des dents, la façon dont elles s’engrènent, l’état de l’articulation, et il élimine une cause proprement dentaire à la douleur, ce que ni vous ni moi ne pouvons faire à sa place.
C’est lui qui décide si une gouttière est indiquée. Soyons précis sur ce point, parce qu’on entend tout et son contraire : la gouttière ne « guérit » pas le bruxisme, elle protège les dents et peut soulager les structures pendant le sommeil. C’est déjà beaucoup. Et dans certaines situations, le dentiste évoquera un dépistage plus large, notamment du côté du sommeil, car certains bruxismes nocturnes s’inscrivent dans un contexte de sommeil perturbé qui mérite sa propre évaluation.
Si vos dents sont usées, sensibles, si vous avez un doute dentaire quel qu’il soit : commencez par là.
Ce que fait l’ostéopathe, et ce qu’il ne vous promettra pas
Mon terrain, c’est le versant musculaire, articulaire et contextuel. Concrètement : examiner l’ouverture de la bouche et son trajet, palper les muscles masticateurs (masséters, temporaux, ptérygoïdiens), examiner la nuque et les épaules qui accompagnent presque toujours ces tableaux, comme je le détaille dans mon article sur les cervicalgies et trapézalgies. Puis traiter avec des techniques douces, expliquées, consenties, et surtout vous rendre autonome : automassages, exercices d’ouverture, repérage du serrage diurne (vous seriez surpris du nombre de fois où l’on serre les dents devant un écran).
Ce que dit la littérature : la thérapie manuelle associée aux exercices a montré des effets sur la douleur et l’ouverture buccale dans les troubles temporo-mandibulaires. Des effets modestes mais réels, meilleurs quand le patient comprend ce qui lui arrive et participe activement. C’est un cadre honnête : ni miracle, ni fatalité.
Ce que je ne vous promettrai jamais : faire cesser votre grincement nocturne. Il est d’origine centrale, et aucune manipulation ne « débranche » ce comportement. L’objectif réaliste, c’est moins de douleur, moins de tension, une meilleure fonction, et un terrain (stress, sommeil) mieux géré.
Ce que change le travail en binôme
Quand le dentiste et l’ostéopathe se connaissent et se parlent, trois choses changent pour le patient.
D’abord, le discours devient cohérent. Vous n’entendez plus « c’est l’occlusion » chez l’un et « c’est le stress » chez l’autre, mais une explication commune : un comportement multifactoriel, des dents à protéger, des muscles à calmer, un terrain à travailler.
Ensuite, l’orientation fonctionne dans les deux sens. Le dentiste m’adresse des patients dont les douleurs musculaires persistent malgré une prise en charge dentaire bien conduite ; je lui adresse ceux dont l’examen me fait suspecter un problème d’occlusion, une usure, ou un sommeil à explorer. Personne ne garde un patient qui relève de l’autre.
Enfin, la réévaluation est honnête. On se fixe un cap, on mesure, et si ça ne progresse pas, on se repose des questions ensemble au lieu d’empiler les séances.
C’est ainsi que je fonctionne au quotidien avec une chirurgienne-dentiste spécialisée en occlusion et sommeil, installée à Saint-Jean-de-Védas, avec qui nous suivons des patients en commun : bruxisme douloureux avec céphalées, troubles de l’ATM avec limitation d’ouverture, suites de chirurgie maxillo-faciale. Deux cabinets, deux métiers, un seul plan. Elle fait partie de mon réseau de soins à Montpellier.
Qui consulter en premier ?
Quelques repères simples. Dents usées, sensibles, douleur dentaire, doute sur l’occlusion : le chirurgien-dentiste d’abord. Mâchoire fatiguée, tensions, maux de tête en casque, nuque raide, sans problème dentaire identifié : l’ostéopathe peut être une porte d’entrée, à condition qu’il sache vous réorienter. Blocage complet de la mâchoire, traumatisme, douleur qui s’aggrave rapidement ou fièvre : médecin ou urgence dentaire, sans détour par quiconque.
Et si vous êtes dans le cas de ma patiente du début, avec une gouttière au fond d’un tiroir et des douleurs qui durent : le bon réflexe n’est pas de chercher un troisième avis isolé, mais une prise en charge coordonnée. C’est précisément ce que je décris sur ma page dédiée à l’ostéopathie pour le bruxisme et les troubles de l’ATM à Montpellier.
Louis Calcet, Ostéopathe D.O à Montpellier
Références : consensus international sur la définition du bruxisme (Lobbezoo et coll., Journal of Oral Rehabilitation, 2018) ; revue systématique sur thérapie manuelle et exercices dans les troubles temporo-mandibulaires (Armijo-Olivo et coll., Physical Therapy, 2016).